Le troc pour renforcer le filet social et sensibiliser à l’environnement

Maude LéonardPsychologue communautaire et professeure à l’Université du Québec à Montréal, Maude Léonard a été sensibilisée à l’environnement dès son jeune âge. Elle est une des instigatrices de Troc-tes-Trucs, un organisme dont la mission est de valoriser et soutenir le troc afin de promouvoir la consommation responsable et le développement durable.

B.à.B. D’où vous vient votre sensibilité à l’environnement?

M.L. Elle me vient de mon environnement familial. Lorsque j’étais au primaire, j’ai participé à la distribution des premiers bacs de récupération à Laval avec ma mère.

À l’école, j’étais une des seules élèves qui repartait à la fin de la journée avec un sac à lunch aussi gros que le matin. Ma mère faisait des lunchs avec des petits plats remplis que je rapportais alors que mes amis jetaient tous leurs contenants.

Avec du recul, j’ai réalisé que c’était enrichissant d’avoir vécu avec cette différence, et j’ai compris toute l’importance que chaque geste peut avoir pour réduire mon impact environnemental. Ça a  teinté par la suite mes choix d’adulte et je poursuis dans cette voie : je tente au maximum de diminuer les emballages que j’utilise et de réutiliser mes contenants.

Quand on est plusieurs à les faire ces choix, ça a un impact. Maintenant, c’est rendu la norme d’avoir des contenants réutilisables pour le lunch et c’est un bel avancement. Il y a plein d’autres initiatives qui voient le jour, comme les collectes de matière compostables dans les municipalités et les subventions pour les couches lavables. Ce sont des exemples concrets de changements positifs en environnement.

B.à.B. Comment a été imaginé le projet Troc-tes-trucs?

M.L. Troc-tes-Trucs est un projet qui est arrivé de manière fortuite! Une collègue et moi avons participé à la 2e édition de l’école d’été de l’Institut du Nouveau Monde (INM), un événement qui fait la promotion de la participation citoyenne des jeunes.  Dans le cadre d’un atelier, nous avons commencé à imaginer un projet pour agir concrètement sur la surconsommation avec une approche communautaire.

C’est parti d’intérêts communs par rapport aux familles, d’un besoin de rencontre et du constat de la courte durée d’utilisation des articles pour enfants. Nous nous disions que les échanges d’objets seraient un moyen d’action concret et c’est ainsi qu’est né Troc-tes-Trucs : l’idée d’un événement de troc communautaire qui permettrait d’élargir le réseau de partage tout en allongeant la durée de vie des articles.

B.à.B. Comment est-ce passé d’une idée à un projet?

En ressortant de l’école d’été, où Troc-tes-Trucs avait remporté le prix coup de cœur du public, Véronique Castonguay et moi avons commencé à travailler à sa concrétisation. Nous avons fait une demande de bourse dans le cadre de l’initiative « À go, on change le monde » de l’INM et du Forum jeunesse de l’île de Montréal, qui visait à mettre en œuvre des projets émanant de l’école d’été.

En plus du financement, nous avons eu l’occasion de participer à l’émission Indicatif présent à la radio de Radio-Canada et de présenter l’état d’avancement du projet à tous les deux mois. C’est ainsi que nous avons pu être mises en relation avec des auditeurs-collaborateurs, qui nous ont notamment aidé pour notre recherche de local et la réalisation du site Internet. C’est l’élan qui nous a donné suffisamment de crédibilité pour que d’autres partenaires embarquent. Notre premier événement Troc-tes-Trucs a eu lieu au Centre de loisirs communautaires Lajeunesse de l’arrondissement de Villeray en avril 2006. Nous célébrerons notre 10e anniversaire cette année!

B.à.B. Ça fait beaucoup de chemin parcouru! Comment est-ce que Troc-tes-Trucs a évolué au fil des années?

M.L. Lors du premier événement, nous avons eu environ 35 participants. En 2 ans, nous avons triplé la participation et maintenant, nous attendons en moyenne entre 75 et 100 personnes par activité.

Troc-tes-Trucs offre du soutien et de l’accompagnement pour la mise en place d’activités de troc dans sept arrondissements de la ville de Montréal, en Outaouais, en Abitibi, en Montérégie, dans Lanaudière et dans les Laurentides. Il y a 15 sites au Québec et une activité qui se déroule aussi en France.

Les organismes porteurs ont généralement une vocation environnementale et/ou familiale. Nous organisons aussi l’activité de troc dans Villeray, où est basé l’organisme.

B.à.B. Quels sont les plans d’avenir pour Troc-tes-trucs?

M.L. Comme plusieurs organismes à vocation sociale et environnementale, Troc-tes-Trucs fait face à certains défis pour assurer sa rentabilité économique tout en poursuivant sa mission, qui passe par l’offre d’activités gratuites et accessibles pour toute la communauté.

Le troc est une alternative à l’économie actuelle, mais on ne peut pas se soustraire du système dans lequel on fonctionne pour autant. On ne peut pas payer des employés par le troc! Nous travaillons donc à diversifier nos services, notamment en proposant  des événements de troc clé-en-main pour les entreprises. Par exemple, il est possible d’organiser une activité de troc ludique entre employés ou d’utiliser le troc pour la consolidation d’une équipe de travail.

Nous souhaitons également offrir la possibilité à des entreprises qui veulent contribuer à l’initiative d’offrir des trousses de formation et d’accompagnement en attente (comme le concept des cafés en attente), pour permettre aux organismes qui ont moins de moyens d’avoir accès aux ressources offertes par Troc-tes-Trucs et d’organiser un événement.

La viabilité économique est un enjeu central du développement durable, et c’est avec la pérennité d’une initiative ayant des retombées positives au niveau social, environnemental et économique que la durabilité prend tout son sens.

Vous souhaitez participer à un événement de troc? Ça tombe bien, il y en a plusieurs de prévus dans les prochains mois à Montréal, en Abitibi et en Outaouais!

Psst! Pour assister à une conférence sur le Zéro déchet avec Julie Gagné du blog de Jules pendant un événement Troc-tes-trucs, rendez-vous à Côte-des-neiges le 28 février 🙂

Pour en savoir plus

 

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2 réflexions sur “ Le troc pour renforcer le filet social et sensibiliser à l’environnement ”

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